Scaleway lance son arme secrète : pourquoi les données de santé changent tout

L’article en bref
La Plateforme des données de santé (PDS) migre son infrastructure de Microsoft Azure vers Scaleway, un hébergeur français de confiance, avec une deadline fixée entre fin 2026 et début 2027.
- Une décision stratégique : Migration du Système national des données de santé (SNDS) vers un cloud de confiance européen, conformément à la doctrine gouvernementale
- Processus rigoureux : Sélection basée sur plus de 350 exigences techniques et mise en concurrence effective de plusieurs consortiums
- Certifications clés : Scaleway possède l’accréditation HDS depuis juillet 2024 ; la qualification SecNumCloud (ANSSI) reste en cours de finalisation
- Bénéfices attendus : Autonomie opérationnelle et fluidité d’accès pour la recherche académique, hospitalo-universitaire et les partenaires européens
- Test opérationnel : L’échéance 2026-2027 déterminera la solidité réelle de la migration et la complétude des garanties de souveraineté numérique
Le 23 avril 2026, la Plateforme des données de santé (PDS) a officialisé le choix de Scaleway comme futur hébergeur de son infrastructure technologique. Une décision qui convertit plusieurs années de débats en acte concret — et qui engage désormais un calendrier précis, avec une échéance fixée entre la fin 2026 et le début 2027.
D’un héritage controversé à une stratégie de réversibilité anticipée
Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut remonter à 2019, année de création du Health Data Hub. Dès l’origine, l’hébergement des données du Système national des données de santé (SNDS) avait été confié à Microsoft Azure — un choix qui n’avait jamais cessé d’alimenter la controverse. Je dois souligner ici que le SNDS constitue l’un des corpus de données médico-administratives les plus exhaustifs au monde : il couvre l’intégralité des remboursements de soins, des séjours hospitaliers et des causes de décès pour l’ensemble de la population française, soit plusieurs dizaines de milliards de lignes de données.
La sensibilité de ce patrimoine informationnel explique pourquoi la PDS avait intégré, dès sa conception, une architecture de réversibilité : un dispositif technique permettant de changer d’hébergeur sans reconstruire entièrement la plateforme. Cette précaution, pensée de longue date, s’est avérée déterminante au moment où l’État a décidé d’accélérer.
L’accélération est venue au début de l’année 2026. Le gouvernement a annoncé, en février, une migration vers un cloud de confiance d’ici fin 2026, dans la continuité de la doctrine « Cloud au centre » et du mouvement général de la commande publique vers des offres européennes. Puis, le 15 avril 2026, Hela Ghariani a pris ses fonctions à la tête du Health Data Hub en inscrivant explicitement parmi ses priorités le lancement de cette migration. Moins d’une semaine plus tard, l’hébergeur était désigné.
Scaleway retenu après un processus rigoureux : ce que révèle la méthode de sélection
Le processus de sélection mérite qu’on s’y arrête. La PDS l’a conduit sur deux mois et demi, à partir de plus de 350 exigences techniques, dans le cadre du marché « Nuage public » porté par l’Union des groupements d’achats publics (UGAP). Ce n’est pas un appel d’offres improvisé : la DINUM (Direction interministérielle du numérique), la Direction des achats de l’État, Inria et le ministère chargé de la santé ont tous contribué à l’évaluation.
Plusieurs consortiums avaient été pré-sélectionnés pour organiser la sortie de Microsoft Azure. La compétition était donc réelle, et le choix de Scaleway — filiale du groupe Iliad — résulte d’une mise en concurrence effective sur des critères structurés.
Sur le plan des certifications, voici l’état des qualifications de Scaleway au moment de l’annonce :
| Certification / qualification | Statut | Date ou précision |
|---|---|---|
| HDS (Hébergeur de Données de Santé) | Obtenue | Juillet 2024 |
| SecNumCloud (ANSSI) | En cours de qualification | Statut au 23 avril 2026 |
Cette distinction est loin d’être purement administrative. La certification HDS constitue le socle réglementaire attendu pour tout hébergeur de données de santé à caractère personnel. La qualification SecNumCloud, elle, renvoie au référentiel de l’ANSSI qui conditionne l’accès au statut de « cloud de confiance » — avec, en arrière-plan, la protection contre l’application de législations extraterritoriales comme le Cloud Act américain. Or, au moment de l’annonce officielle, cette qualification reste affichée comme « en cours » sur le site de l’ANSSI. La décision de principe est donc prise ; la consolidation complète du dispositif, elle, dépend d’un processus qui n’est pas encore achevé.
Ce que la migration du SNDS change concrètement pour la recherche en santé
Au-delà des considérations réglementaires, l’objectif opérationnel mérite d’être explicité. La PDS vise à gérer en autonomie une copie de la base centrale du SNDS — ce que les spécialistes appellent parfois un « miroir » de la base nationale. Pourquoi cette autonomie change-t-elle quelque chose en pratique ?
Je travaille régulièrement avec des équipes hospitalo-universitaires qui conduisent des études en vie réelle à partir du SNDS : pharmaco-épidémiologie, évaluation des dispositifs médicaux, mesure de la qualité des soins. Pour ces équipes, la fluidité d’accès aux données n’est pas une abstraction — c’est une condition directe de la vitesse de production scientifique. Chaque friction dans l’environnement technique se traduit par des délais mesurables sur les projets.
La PDS identifie plusieurs catégories d’acteurs immédiatement concernés par cette évolution :
- Les équipes de recherche académique et hospitalo-universitaire mobilisant le SNDS pour des études observationnelles
- Les industriels du médicament et du dispositif médical engagés dans des projets d’intérêt général
- Les entrepôts de données hospitaliers interconnectés avec la base nationale
- Les partenaires européens impliqués dans des projets de recherche transfrontaliers
Hela Ghariani l’a formulé sans ambiguïté : cette migration doit « accélérer l’usage des données du SNDS et plus largement de tous les projets de recherche et d’innovation ». La promesse est claire. Mais dans mon expérience de ces dossiers, la promesse d’accès plus fluide ne vaut que si la robustesse de l’environnement technique suit. C’est précisément là que la question de la qualification SecNumCloud reste structurante — un hébergeur certifié HDS mais non encore qualifié SecNumCloud offre un niveau de garantie réel, sans atteindre le plafond de confiance que la doctrine française fixe comme horizon.
L’échéance 2026-2027 constitue désormais le véritable test opérationnel de toute cette séquence. Si la migration s’effectue dans les délais annoncés et que la qualification SecNumCloud de Scaleway aboutit dans le même temps, le dossier aura résolu simultanément un enjeu de souveraineté numérique et un enjeu de performance au service de la recherche médicale française. Pour les acteurs du secteur, il serait utile de suivre de près les prochaines mises à jour du registre ANSSI — car c’est là, plus que dans les communiqués, que se lira la solidité réelle du dispositif.





