Hausse des taux de la BCE : quelles conséquences pour les emprunteurs ?

La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi 21 juillet de relever ses taux d'intérêt pour la première fois depuis plus de dix ans

Dans la zone euro, c’est la fin de l’argent « simple ». Prise dans un arbitrage complexe entre hausse des prix et craintes de récession, l’institution de Francfort a fait le choix de l’audace : elle a relevé ses trois taux directeurs de 50 points de base après avoir préparé les esprits à une hausse de seulement 25 points.

Le principal taux d’intérêt passe alors de zéro, niveau où il campe depuis 2016, à 0,50 %, alors que celui taxant une partie des liquidités bancaires non distribuées à crédit, passe de -0,50 % à zéro. Pour calmer l’inflation, la BCE ralentit la consommation en rendant l’argent plus cher.

Une mauvaise nouvelle pour les particuliers

Mauvaise nouvelle pour les particuliers, car cela veut dire qu’emprunter sera plus cher. Au risque de gripper un peu plus le robinet du crédit. La machine fonctionne comme suit : les banques commerciales obtiennent des liquidités, c’est-à-dire de l’argent, auprès de la Banque centrale européenne. En augmentant son taux de refinancement, l’un de ses trois taux directeurs, la BCE rendra ces liquidités plus rémunératrices. Par effet domino, les banques répercuteront les hausses sur leurs clients. « Ils vont augmenter progressivement les taux pour revenir à un gain sur le crédit », expliquait dans L’Express Ilan Rainier, directeur associé de Vousfinancer en juin dernier.

L’achat d’une maison va se compliquer : la hausse des taux immobiliers, déjà perceptible depuis plusieurs mois, devrait se continuer. Selon l’Observatoire du crédit logement du CSA, les taux immobiliers ont continué de grimper en juin pour s’établir à 1,52%, contre 1,39% en mai. Et cette hausse devrait se continuer jusqu’à mi-juillet, le taux moyen était de 1,64%, contre 1,06% en décembre 2021. A noter que des taux à 2%, voire au-delà, pourraient toutefois être envisagés d’ici fin 2022. Selon Vousfinancer, le le salaire net nécessaire pour emprunter 300 000 euros en respectant les 35% d’endettement passe de 4086 euros à 4280 euros lorsque les taux passent de 1% à 1,50%.

Une baisse des ventes immobilières à prévoir

À son tour, la hausse des taux d’intérêt de la BCE pourrait démotiver les gens à acheter et créer une chute des acquisitions immobilières, avec pour conséquence une chute des prix de l’immobilier dans les années à venir. Néanmoins, d’autres facteurs entrent en jeu : « les coûts du financement immobilier ne dépendent que partiellement des taux directeurs de la BCE et sont aussi déterminés par l’offre et la souhaite ou la solvabilité de l’emprunteur », nuance auprès de l’AFP Andreas Lipkow, analyste chez Comdirect.

La hausse des taux d’intérêt par la BCE est aussi l’occasion de relancer le débat sur la limite du taux d’usure. Ce dernier « correspond au taux légal maximum que les établissements de crédit sont autorisés à pratiquer lorsqu’ils vous accordent un prêt », détaille le site du ministère de l’Economie. Avec la hausse des taux, certaines demandes de crédit ne peuvent plus être acceptées car le taux proposé serait supérieur au taux usuraire. A titre d’exemple, le taux d’usure est maintenant de 2,40% pour un prêt sur 20 ans. Une hausse de 15 à 20 points de base est attendue le 1er juillet. De leur côté, les entreprises, qui ont eu un accès simple au crédit les années précédentes, devraient aussi être touchées. Les banques peuvent préférer refuser les prêts aux projets les plus risqués.

Une augmentation de la dette pour l’état

De plus, l’Etat subira lui aussi les conséquences de cette hausse des taux. Comme les emprunteurs et les entreprises, les États qui se financent sur les marchés se retrouveront du côté des perdants. La France, par exemple, déjà endettée à long de plus de 2 800 milliards d’euros, ne bénéficiera plus de taux d’emprunt à zéro voire négatifs, comme c’est le cas depuis des années. Le poids de la dette va alors s’alourdir, réduisant la marge de manœuvre budgétaire des gouvernements à un moment où les évaluations de soutien à la leur pouvoir d’achat leur a coûté des milliards d’euros.

L’épargne sera mieux rémunéré

A l’inverse, la hausse des taux d’intérêt est une bonne nouvelle pour les épargnants. Durant les années précédentes, les banques étaient taxées à 0,5 % lorsqu’elles laissaient se reposer de l’argent auprès de la BCE. Une façon pour ces derniers de les inciter à injecter leur cash dans l’économie. Plusieurs établissements ont répercuté cette charge sur leurs clients sous la forme d’un « droit de garde » si le solde de leurs comptes courants dépasse un certain montant.

Ce surcoût est appelé à disparaître. La chute des taux redonnera des marges aux banques, qui devraient pouvoir offrir des rendements plus attractifs sur certains investissements, après des années de vaches maigres. Produit d’épargne détenu par une majorité de Français, le Livret A verra par exemple son taux doubler le 1er août, de quoi ravir ceux qui sont plutôt fourmis que cigales.

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