Plus d’eau potable, cultures sèches : Une sécheresse historique

Plus d’eau du robinet dans une centaine de communes en France, cultures détruites faute d’arrosage, biodiversité en danger : interpellé sur tous les fronts par cette sécheresse historique, le gouvernement ne cache plus son inquiétude.

Sur le plateau de Valensole, où les ministres de la Transition écologique et de l’Agriculture se sont rendus ce vendredi 5 août, la lavande qui fait sa réputation a été ramassée mais de gros dévidoirs sont progressivement posés en bordure des champs.

Thomas Raso, un jeune maraîcher à Lagrand, dans les Hautes-Alpes, est venu chez le ministre avec un plateau de tomates « cul noir », une maladie liée aux difficultés d’eau, pour l’alerter sur les conséquences de la sécheresse dans son travail. « Avant on savait résister à une ou deux années de sécheresse, plus maintenant », pointe le jeune maraîcher. « Les réservoirs collinaires ne seront pas utilisés, ce ne sont pas eux qui feront pleuvoir », souligne Yannick Becker, détenteur d’une ferme équestre et maraîcher, porte-parole de la Confédération paysanne PACA. « Même le lac de Sainte-Croix », où les ministres doivent se rendre, et le lac de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes) « sont vides », souligne-t-il.

Face à eux, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu plaide pour « la nécessité d’accélérer les transitions ». Son homologue de l’Agriculture, Marc Fesneau, note : « Il existe des systèmes de culture plus résilients face au changement climatique, mais croire qu’il n’y aura pas besoin d’eau serait une erreur. assez tragique. « Imaginez la situation dans laquelle nous serions aujourd’hui dans cette région s’il n’y avait pas un certain nombre de systèmes de rétention d’eau créés il y a 40, 50 ou 60 ans », a-t-il annoncé. , avant de visiter, justement, un barrage à Sainte-Croix du Verdon. Christophe Béchu, tout en plaidant pour une « réduction des fonctionnements » a reconnu qu’il peut y en avoir « pour lesquels les prélèvements peuvent être la solution ». « Le risque serait qu’on se dise : ‘c’est pas grave’, continuer comme avant et ne pas revoir nos pratiques, il suffit de trouver des méthodes alternatives pour ne pas manquer d’eau. Et que c’est mentir aux gens », a-t-il parle.

Outre l’agriculture, c’est d’abord l’usage le plus essentiel qui inquiète le gouvernement : l’eau potable. Dans plus d’une centaine de communes en France aujourd’hui, les canalisations sont vides et l’eau ne coule plus du robinet, a indiqué Christophe Béchu. Ces communes sont approvisionnées par des camions d’eau potable, mais « tout l’enjeu est de durcir un certain nombre de restrictions pour éluder d’y arriver ». La journée marque un tournant dans la prise en compte de ce phénomène climatique infernal, avec les graves déclarations du Premier ministre vendredi matin. Elisabeth Borne s’est inquiétée que cette sécheresse – « la plus grave jamais enregistrée dans notre pays » – perdure, voire devienne « encore plus préoccupante ».

Pour mieux coordonner l’action des pouvoirs publics, elle a activé la cellule interministérielle de crise. Ce sont des « meetings techniques » qui ont débuté vendredi en fin de matinée, sans décision attendue dans la foulée. La crise couve depuis des mois dans certaines régions où les décrets de sécheresse se sont multipliés depuis le printemps, faute de pluie. 93 départements de France métropolitaine sur 96 sont déjà soumis à des degrés divers de restriction d’eau et 66, soit environ les deux tiers du pays, sont « en crise ».

Depuis jeudi 4 août, l’Ain, la Manche, le Bas-Rhin et l’Yonne sont entrés en crise. Dans ce niveau d’alerte le plus élevé, l’arrosage des pelouses, des véhicules ou l’irrigation des cultures sont interdits, tout comme le remplissage des plans d’eau.

Juillet 2022 a été le seconde mois le plus sec jamais enregistré en France, après mars 1961, avec un déficit pluviométrique d’environ 84 % par document à la normale pour la période 1991-2020. « On est sur un événement majeur, qui peut facilement être comparé à 1976 ou 2003 », a commenté Jean-Michel Soubeyroux, climatologue à Météo-France. Avec en plus une « situation record de sécheresse pour l’humidité des sols depuis le 17 juillet au niveau national ».

Des secteurs essentiels sont durement touchés, comme l’agriculture, qu’il s’agisse du maïs destiné à l’alimentation animale, très gourmand en eau, ou du manque de pâturages pour le bétail. La question du partage des fonctionnements de l’eau agite la classe politique. La députée LFI Mathilde Panot a revendiqué sur Twitter un droit à l’eau « inscrit dans la Constitution » : « l’eau doit d’abord aller à la vie plutôt qu’aux profits ! ».

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