Qui est Laurent Nuñez, nouveau préfet de police de Paris ?

Laurent Nuñez a été nommé mercredi 20 juillet à la tête de la préfecture de police de Paris. Il succède au très controversé Didier Lallement, limogé dans la foulée du fiasco du Stade de France. Fils de pieds noirs d’origine andalouse, Laurent Nuñez a gravi les échelons de la haute fonction publique pour devenir un fidèle d’Emmanuel Macron. « L’Obs » revient sur son parcours.

1 – Du Cher à la Légion d’Honneur

Laurent Nuñez est né à Bourges en 1964, deux ans après l’arrivée de ses deux parents d’Algérie. Il a grandi dans le Cher, dans un « environnement modeste, où les décorations n’existent pas », dit-il lors de sa décoration de la Légion d’honneur en 2011. Fils d’un père architecte et d’une mère enseignante, il affirmera cinquante ans plus tard tout son devoir « à l’école de la République ».

Formé à l’Université de Tours, il débute sa carrière au service économique du Conseil général du Cher, puis devient inspecteur des impôts. Tout le conduira finalement sur les bancs de la prestigieuse École nationale d’administration en 1997.

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A peine diplômé de la promotion Cyrano de Bergerac, il gravit les échelons de la hiérarchie préfectorale – à la préfecture de la Haute-Saône d’abord, puis comme sous-préfet de Bayonne, en passant par la ligne du cabinet de la préfecture de St Denis.

2 – Un connaisseur de l’appareil policier

Mais Laurent Nuñez est avant tout un fin connaisseur de la préfecture parisienne. En 2012, il est directeur de cabinet du préfet Bernard Boucault. Ce poste clé, qu’il a occupé jusqu’en 2015, l’a confronté à des affaires importantes, comme les attentats de Charlie Hebdo en janvier de la même année. « C’est le choix d’un homme expérimenté qui sait parfaitement la préfecture de police »a tweeté Gérald Darmanin ce mercredi 20 juillet.

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Il est ensuite passé aux dossiers délicats. Muté à la préfecture des Bouches-du-Rhône en 2015, il a démantelé à coté de 60 réseaux de trafic de drogue en deux ans et est réputé pour avoir réussi à améliorer la coordination et la coopération entre les différents services de police.

3 – Un disciple d’Emmanuel Macron

En 2017, Emmanuel Macron a placé Laurent Nuñez à la tête du renseignement français – la Ligne générale de la sécurité intérieure (DGSI). Il n’hésite pas à vanter les atouts et les mystères du métier. En 2018, il part en campagne de recrutement à Sciences Po Paris, où il assure aux étudiants que « ce que nous faisons, c’est comme au « Bureau des légendes » » – propos relayés par « le monde ».

En plus d’avoir lancé une campagne de visibilité, il est souvent loué pour l’efficacité de sa gestion. « Les agents réclamaient une gestion plus efficace. Je fais semblant de croire que mon passage a été bénéfique à la DGSI malgré mes prétendues lacunes initiales »estime Laurent Nuñez, en décembre 2018, dans un portrait qui lui est destiné « Libération ».

Un an plus tard, le fonctionnaire rejoint le ministère de l’Intérieur dirigé par Christophe Castaner, en tant que secrétaire d’État. Depuis 2020, Laurent Nuez est Coordinateur National du Renseignement et de la Lutte Contre le Terrorisme (CNRLT).

4 – Un espoir de rupture avec Lallement

C’est donc le quatrième poste prestigieux que lui confie Emmanuel Macron, et c’est une mission difficile dont hérite Laurent Nuñez après le départ de Didier Lallement. Ce dernier laisse derrière lui trois ans de polémiques et une réputation cassante et autoritaire.

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A l’inverse, les anciens collaborateurs de Laurent Nuñez semblent garder un bon souvenir de l’ancien secrétaire d’Etat. Il entretient même de bonnes relations avec la mairie de Paris.

« On le sait bien, on l’apprécie » a annoncé Emmanuel Grégoire, premier adjoint au maire de Paris à « Libération ».

Lors de sa décoration de la Légion d’honneur en 2011, Laurent Nuñez a souligné l’importance qu’il accorde aux relations interpersonnelles : « Partout où je suis passé, je garde des liens très forts… Je ne veux pas faire partie de ceux qui, en fin de vie, ont un goût d’inachevé ».

5 – Un héritage difficile

En plus de devoir rebâtir la réputation de la préfecture de police de Paris, le nouveau préfet hérite de plusieurs dossiers difficiles comme le plan « crack », l’accueil des migrants ou la gestion des manifestations – un point sur lequel il risque de continuer la ligne tenue par son prédécesseur.

Bien que plus ouvert au dialogue, Laurent Nuñez conserve une vision musclée du maintien de l’ordre, dont il a surtout fait preuve lors des manifestations contre la loi Travail en 2016 dans les Bouches-du-Rhône, ou lorsqu’il a refusé de rapatrier toutes les mères et enfants français. bloqués dans les camps syriens.

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A la préfecture de police, ce fin connaisseur de l’appareil policier habitué au service public devra diriger « un Etat dans l’Etat », avec plus de 40.000 fonctionnaires, une police judiciaire prestigieuse et un service de renseignement indépendant.

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