Canicules : « On est surpris, le calendrier s’accélère » un climatologue s’inquiète

Face à un été qui bat des records de chaleur et de sécheresse, le climatologue et météorologue Robert Vautard, coordinateur d’un chapitre du sixième document du GIEC, reconnaît sur franceinfo jeudi 11 août que ces extrêmes dépassent les modèles établis et affirme que les savants sont « tout penaud ». Bien que « le calendrier s’accélère », il alerte sur la nécessité de se préparer aux 50 degrés en France.

franceinfo : Quel regard portez-vous sur ces vagues de chaleur intenses qui durent en France et en Europe ?

Robert Vautard : Nous sommes tous penaud, non seulement cet été, mais également les des années qui ont précédé, déjà en 2019, avec des records impressionnants qui ont été battus en France, mais également en 2021 avec ces fameux 49 degrés en Colombie-Britannique au Canada, un pays qui est très loin au nord. Les climatologues sont vraiment penaud par ces records battus de très loin : normalement, les records sont battus d’un ou deux degrés maximum, là, ça va beaucoup plus loin. Le calendrier s’accélère.

Cela ne correspond-il pas à ce que pensait le GIEC et à ce qu’il mettait en garde depuis des années ?

Comme les scénarios du GIEC sous-estiment déjà les évolutions du passé, on peut infailliblement se poser des questions pour l’avenir. Mais tant qu’on n’a pas trouvé la cause de cette sous-estimation des modèles sur la situation en Europe occidentale, on ne peut pas le dire. C’est un sujet de recherche. Il est cependant probable que les évolutions continueront d’être plus fortes que celles qui étaient prédites. Je pense que, par-dessus tout en Europe, encore en Occident, il faut se préparer à des températures et à des grosses vagues de chaleur qui peuvent durer tout l’été dans les décennies à venir, voire dans les années à venir. En réalité, nos modèles prédisent une évolution pour aujourd’hui et demain, mais les observations montrent qu’elle est plus rapide que imaginé. Typiquement, pour Londres, les vagues de chaleur ont augmenté de quatre degrés alors que les modèles sont plutôt de deux degrés.

« Nous sous-estimons la vitesse du changement, c’est très clair. Je ne pense pas que nous soyons prêts.

Robert Vautard, climatologue et météorologue

chez franceinfo

Quel rôle jouez-vous, en tant que scientifique ?

Nous devons, en tant que savants, garder la tête froide tout en alertant sur ces choses que nous ne comprenons pas encore. C’est pourquoi je me permets de dire qu’il faut se préparer à des scénarios très élevés comme 50 degrés en France. Ce n’est pas impossible, il faut donc savoir s’y préparer car les conséquences peuvent être bien plus importantes que les vagues de chaleur actuelles. Nous devons aller beaucoup plus loin.


17 mai 2024 15h18

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